Plasticienne

« Fascinée par une matière puissante, cristalline et flamboyante, je sculpte des paysages que je rêve d’explorer, je façonne des objets que je fantasme de découvrir et je provoque des phénomènes que j’aspire à contempler. Scruter la matière me mène au bord d’un monde imaginaire et métaphysique, que j’explore et dont je tente de rapporter des fragments. Je suis à la recherche d’espaces qui engendrent le sublime, cette émotion délicieusement hybride qui mêle admiration, désir et crainte, et qui interroge la place de l’homme dans la nature, l’environnement. Dans cette quête, je manipule, déplace, photographie et filme des singularités pour en extraire leur pouvoir évocatoire. »

Scruter l'horizon de l'irréel

La matière comme architecte

Rêves archéologiques

 Il y a des paysages qui ne se laissent pas seulement regarder. 

Ils appellent. 

Ils résistent. 

Ils demandent qu’on les scrute, qu’on les touche, qu’on les traverse. 

C’est là que l’oeuvre d’Alice Goehrs commence : dans ce dialogue invisible entre matière et imaginaire, entre perception et altérité. 

À travers la photographie, la sculpture, la vidéo, l’installation — et parfois même le son — elle explore des paysages ambigus, oniriques, évoquant un ailleurs. Un sublime brut, cristallin, parfois vertigineux, qui convoque autant la fascination que le frisson. 

Ce qui est donné à voir n’est jamais ce que l’on croit. Ce qui semble vaste est parfois minuscule. Ce qui paraît être un territoire est parfois un éclat de verre, une substance pétrifiée, une condensation de lumière ou un silence amplifié. 

Alice trouble les repères d’échelle, de matière, de perception. Une nappe de givre devient falaise. Un halo lumineux se fait nova. Un frémissement évoque tour à tour l’infiniment proche et l’inatteignable lointain. 

Elle sculpte des territoires qu’elle rêve de parcourir. Elle façonne des objets qu’elle fantasme. Elle provoque des phénomènes qu’elle désire contempler. 

Sa démarche est une traversée, presque alchimique : manipuler, transformer, transmuter la matière pour en faire émerger une poésie dense, palpable, vibrante. 

Le froid, la chaleur, la lumière, le son, la diffraction ou le magnétisme deviennent ses alliés de création, révélant des métamorphoses imperceptibles, des mondes en suspension. 

Passionnée par la haute montagne et pratiquant le ski de randonnée et l’alpinisme, Alice convoque aussi dans son oeuvre une dimension physique de l’expérience artistique : celle de l’effort, de l’épuisement, du souffle court. 

Dans ces ascensions, l’échelle devient palpable, la verticalité réelle. Gravir, contempler, porter, s’user : autant de gestes qui dialoguent avec sa pratique plastique, et qui ancrent son art dans un corps en tension, en mouvement. 

C’est aussi dans la haute montagne qu’elle cherche cette sensation ambivalente — vulnérabilité plaisante et élévation intérieure — où la grandeur et la petitesse de l’être humain se répondent. Ce vertige, cette tension du sublime, irrigue tout son travail. 

Formée à la philosophie avant d’entrer aux Beaux-Arts de Paris, Alice articule instinct, pensée et artisanat. 

Elle apprend à écouter la matière à travers la taille de pierre, la fonderie, la forge, le verre soufflé, la cuisine gastronomique. Elle explore la lenteur, le feu, la glace, la coupe, la fermentation — comme autant de gestes précis où le temps devient outil de création. 

En collectant, déplaçant, photographiant, filmant ou enregistrant des singularités modestes, elle tente de capter l’instant où la matière cesse d’être “objet” pour devenir trace, seuil, vibration… et horizon. 

Alice Goehrs est née en 1994 à Versailles. Après un parcours en danse, musique et philosophie (prépa littéraire), elle intègre les Beaux-Arts de Paris, puis de Bordeaux, où elle prépare actuellement son DNSEP (2026). 

Elle plonge dans les gestes ancestraux et les savoir-faire sensibles : 

la pierre taillée, le métal fondu, les levains vivants, la matière moulée, les vignes cueillies à la main… 

De la fonderie d’art à la cuisine étoilée, de l’archéologie expérimentale à la restauration du patrimoine, elle explore les pratiques où le temps et la main façonnent ensemble. 

Lauréate du John Ruskin Prize en 2025, elle est accueillie en résidence à la Maison Jaune, à Revel. 

Elle vit et travaille entre la Dordogne et les Alpes du Sud